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Comprendre les odeurs autour d'une station d'épuration

Réseau d'assainissement, postes de relevage et station de traitement : d'où viennent ces odeurs, et pourquoi votre signalement compte

L'assainissement collectif (réseau de collecte, postes de relevage, station d'épuration) est indispensable à la protection de la santé publique et des milieux aquatiques. Il peut néanmoins être à l'origine d'odeurs perçues par les riverains. Cette page a pour but d'expliquer, de façon claire et fondée sur les connaissances techniques et réglementaires disponibles, d'où viennent ces odeurs, comment les reconnaître, et comment agir si vous êtes gêné.

1. Réseau, poste de relevage, station d'épuration : c'est quoi ?

Le « système d'assainissement » d'une collectivité repose sur deux grands ensembles : le système de collecte (le réseau et ses ouvrages annexes) et la station de traitement des eaux usées (STEU), plus couramment appelée station d'épuration ou STEP.

Le réseau de collecte

Les eaux usées circulent le plus souvent par gravité dans des canalisations enterrées. On distingue deux grands types de réseaux :

  • Le réseau séparatif : les eaux usées et les eaux pluviales circulent dans deux canalisations distinctes
  • Le réseau unitaire : eaux usées et eaux pluviales circulent dans une même canalisation, avec des ouvrages de délestage (déversoirs d'orage) en cas de fortes pluies

Schema : Syndicat Intercommunal d'Assainissement du Bassin de Sallanches

Le poste de relevage

Lorsque le relief ne permet pas un écoulement gravitaire jusqu'à la station, un poste de relevage (ou poste de refoulement) est nécessaire. Il s'agit d'un ouvrage enterré dans laquelle les eaux usées s'accumulent avant d'être pompées vers un point plus haut du réseau. Ce sont des ouvrages généralement compacts, souvent implantés en milieu urbain ou en point bas, parfois à proximité immédiate d'habitations. Il sont souvent équipés de regards (pour permettre la maintenance) et d'ouvrants pour permettre la ventilation.

La station d'épuration

Une station d'épuration traite les eaux usées collectées avant de les rejeter dans le milieu naturel. Le traitement s'organise généralement en plusieurs étapes :

  • Le prétraitement : dégrillage (retrait des déchets solides), dessablage et déshuilage (retrait des sables et des graisses)
  • Le traitement primaire : décantation d'une partie des matières en suspension souvent dans des grand bassins circulaires ouverts
  • Le traitement secondaire (biologique) : dégradation de la pollution organique par des bactéries, le plus souvent en bassins de boues activées
  • Le traitement tertiaire (selon les sites) : traitement complémentaire de l'azote, du phosphore, ou désinfection
  • Le traitement des boues : épaississement, digestion, déshydratation, avant valorisation (épandage, compostage) ou élimination

À retenir

En fonctionnement normal, un réseau, un poste de relevage ou une station bien conçus, bien exploités et bien entretenus ne doivent pas générer de nuisances olfactives significatives pour le voisinage. Une odeur perceptible et récurrente peut signaler un dysfonctionnement ou un ouvrage à entretenir.

Poste de relevage / réseau vs station d'épuration : des profils d'odeurs différents

Le réseau et les postes de relevage d'un côté, la station de traitement de l'autre, ne présentent pas les mêmes risques de nuisances olfactives, notamment parce que les eaux usées y séjournent dans des conditions différentes.

CritèreRéseau / poste de relevageStation d'épuration
Nature du risqueStagnation et septicité des eaux usées dans les points bas et les bâchesÉmissions ponctuelles liées aux différentes étapes de traitement
ConfinementOuvrages souvent enterrés, peu ou pas ventilés/désodorisésOuvrages de prétraitement et de traitement des boues plus souvent couverts et désodorisés sur les installations récentes. Les stations anciennes peuvent toujours avoir des ouvrages ouverts.
Proximité du publicSouvent en zone urbaine dense, parfois à quelques mètres des habitationsGénéralement plus éloignée, avec un périmètre dédié
Facteur aggravant principalTemps de séjour prolongé (temps sec, faible débit nocturne). Type de produits présents dans le réseau (exemple graisses de restaurant).Surcharge hydraulique ou organique, panne d'un équipement de traitement

Sources : ASTEE – Association scientifique et technique pour l'eau et l'environnement • Portail national de l'assainissement collectif • INERIS / AIDA – réglementation ICPE et IOTA • Agences de l'eau

2. Pourquoi une odeur peut-elle apparaître autour d'un réseau, d'un poste de relevage ou d'une station ?

Même un système d'assainissement bien géré peut, à certains moments, être à l'origine d'odeurs perceptibles. La plupart de ces situations sont ponctuelles et identifiables. Le tableau ci-dessous recense les principales sources d'odeurs observées.

Source d'odeurDescriptionPourquoi cela sent ?FréquenceMoment typique
Bâche de poste de relevageFosse enterrée où s'accumulent les eaux usées avant pompageTemps de séjour prolongé favorisant la fermentation anaérobie. Accumulation de matière organique ou bouchons graisseux en fonction des produits arrivant dans le réseau. Le remplissage du poste peut également chasser l'air par les évents et grilles de ventilation.Fréquente en cas de faible débit. Emissions ponctuelles en fonction des opérations de relevage / pompage / accumulation et transfertNuit et tôt le matin, temps sec
Regard ou tampon de visite mal étanchePoint d'accès au réseau au niveau de la voirieDéfaut d'étanchéité laissant échapper l'air vicié du réseauOccasionnelleVariable, en fonction des variations de température et de pression atmosphérique
Dégrillage et prétraitementRetrait des déchets solides en entrée de stationMatières grossières et organiques exposées à l'air libreFréquente, mais localiséeHeures ouvrées ou en continue autour des zones de stockage des refus de dégrillage
Dessablage-déshuilageSéparation des sables et des graisses des eaux uséesGraisses et matières organiques en surface, parfois en fermentationFréquente, mais localiséeVariable
Bassin biologique en surcharge ou sous-aéréTraitement biologique recevant plus de charge que sa capacité, ou aération insuffisanteConditions anaérobies locales générant des composés soufrésOccasionnellePeut durer plusieurs jours
Aération du bassin biologiqueLe bassin biologique est souvent aéré, mélangé à l'aide de pompes immergéesMise en suspension, mise en mouvement et brassage des bouesRégulierPlusieurs minutes à plusieurs heures par jour en fonction du procédé
Épaississement et déshydratation des bouesConcentration des boues avant valorisation ou éliminationMatière organique concentrée, riche en composés azotés et soufrésFréquente, mais localiséeHeures ouvrées
Stockage des boues (silo, aire de stockage)Boues traitées en attente d'évacuationFermentation résiduelle en stockage prolongéOccasionnelle à fréquente selon exploitationVariable
Poste de relevage en panne ou en mode dégradéDéfaut électrique ou de pompe empêchant l'évacuation normale des eaux uséesTemps de séjour très allongé, fermentation anaérobique accentuéeRare, mais marquéeImprévisible, jusqu'à réparation
Curage ou entretien du réseauIntervention technique de nettoyage des canalisationsRemise en suspension de dépôts accumulés au fond des canalisationsPonctuelle, programméeJournée, durée limitée
Bassin d'orage ou déversoir par temps de pluieOuvrage stockant ou délestant un excès d'eaux usées lors de fortes pluiesEaux usées diluées mais parfois stagnantes après l'épisode pluvieuxOccasionnelle, liée à la météoPendant et après un épisode pluvieux
Désodorisation en panne ou mal régléeSystème de traitement de l'air (biofiltre, tour de lavage) inopérantL'air vicié n'est plus neutralisé avant rejet. Ces odeurs peuvent se disperser en fonction de la puissance de la ventilationOccasionnelle si entretien insuffisantProgressif, s'aggrave dans le temps
Vidange ou maintenance d'un ouvrageIntervention nécessitant l'ouverture d'une bâche ou d'un bassinRelargage ponctuel et concentré de gaz accumulésRare, programméeJournée, durée limitée

Facteurs aggravants : temps de séjour, météo et produits en transit

Différents types de facteurs influencent fortement l'intensité des odeurs perçues, sans qu'il s'agisse pour autant d'un dysfonctionnement :

  • Le temps de séjour des eaux usées : plus les eaux usées stagnent longtemps dans une canalisation ou une bâche (temps sec, faible débit nocturne, chaleur), plus elles deviennent odorantes, notamment avec la production d'hydrogène sulfuré (œuf pourri)
  • Vent faible : les composés odorants stagnent près de la source au lieu de se disperser
  • Inversion thermique (souvent le matin ou le soir) : l'air froid reste plaqué au sol, empêchant les odeurs de s'élever et de se diluer
  • Chaleur : elle accélère la fermentation des eaux usées et des boues, et augmente la volatilité des composés odorants
  • Humidité : elle favorise la persistance des molécules odorantes dans l'air
  • Typologie de produits : les réseaux d'assainissement captent généralement les eaux domestiques usées mais dans certains quartiers, des entreprises, artisans ou restaurateurs peuvent également utiliser ces réseaux. Il arrive parfois que certains produits soient déversés dans le réseau (ex. graisses, peintures, solvants, huiles), ce qui peut générer d'autres odeurs (solvant, peinture) ou des problèmes de maintenance (ex. obstruction du réseau par les graisses)
  • Concentration des produits : par temps sec ou en période estivale, les effluents peuvent être plus concentrés et générer plus d'odeurs en lien avec l'activité biologique plus élevée et le temps de séjour potentiellement plus long (ex. durée avant 2 pompages successifs)

Le saviez-vous ?

Un poste de relevage peut sembler « sans odeur » pendant plusieurs mois, puis devenir ponctuellement gênant lors d'une période de canicule ou de faibles débits nocturnes : l'eau usée séjourne alors plus longtemps dans la bâche, avec des teneurs plus concentrées en matière organique, ce qui favorise sa fermentation. Ce phénomène n'est pas systématiquement le signe d'une panne, mais mérite d'être signalé s'il se répète.

Sources : ASTEE – gestion des odeurs en assainissement • INERIS – qualité de l'air et nuisances olfactives • Portail national de l'assainissement collectif

3. Quelles odeurs peut-on ressentir ?

Les odeurs liées à l'assainissement ne se résument pas à une seule signature olfactive. Selon l'ouvrage concerné, plusieurs types d'odeurs peuvent être perçus, associés à des composés chimiques différents.

Odeur perçueDescripteurComposé associéSource possibleMoment
Œuf pourriSoufrée, piquanteHydrogène sulfuré (H2S)Poste de relevage, réseau en septicité, bassin sous-aéréTemps sec, nuit, faible débit
MercaptansŒufs pourris, égouts, poireauxPrésence de soufre dans les composésTout type de produits d'assainissementVariable
AmmoniaquePiquante, irritanteAmmoniac (NH3)Boues, traitement biologique, stockage de boues, urineÉpaississement, stockage prolongé
Égout / renferméFade, stagnanteMélange de composés soufrés et de COVRegard ou tampon mal étanche, canalisation mal ventiléeVariable, souvent continue
Moisi / terreuxTerreuse, végétaleGéosmine et composés apparentésBoues en stockage, lits de séchageStockage prolongé
Vinaigre / acidePiquante, aigreAcides gras volatils (AGV)Réseau ou bâche décomposition anaérobiqueVariable
Poisson / aminePiquante, animaleComposés aminésBoues digérées, traitement biologique en déséquilibreOccasionnel
Grasse / ranceGrasse, écœuranteAcides gras à chaîne longueDessablage-déshuilage, poste recevant des graisses de restaurationHeures ouvrées
Chimique / javel (rare)Chimique, piquanteComposés chlorésDésinfection ou traitement chimique de désodorisationRare, ponctuel

Comprendre les composés en quelques mots

  • H2S (hydrogène sulfuré) : produit par les bactéries en l'absence d'oxygène dans les eaux usées stagnantes ; détectable par l'odorat humain à de très faibles concentrations, bien avant tout seuil de danger
  • NH3 (ammoniac) : issu de la dégradation de matières azotées, caractéristique des boues et du traitement biologique
  • COV (composés organiques volatils) : famille large de molécules carbonées volatiles, à l'origine de nombreuses odeurs de fermentation
  • Acides gras volatils (AGV) : produits intermédiaires de la dégradation anaérobie, responsables des notes acides ou « vinaigrées »
  • Mercaptans (thiols) : ces produits incluent l'éthanethiol, le méthanethiol et le méthyl mercaptan, qui sont détectables à des seuils extrêmement bas. Cela signifie qu'on les perçoit même à des concentrations infimes (le gaz naturel inodore en contient pour raison de sécurité)

Sources : ASTEE – caractérisation des odeurs en assainissement • INERIS – qualité de l'air • Agences de l'eau

4. Ce que dit la réglementation

La grande majorité des réseaux et stations traitant des eaux usées domestiques relèvent de la police de l'eau (régime IOTA – Installations, Ouvrages, Travaux et Activités), au titre de la rubrique 2.1.1.0 de la nomenclature « eau » du code de l'environnement, et sont encadrés par l'arrêté du 21 juillet 2015 relatif aux systèmes d'assainissement collectif. Certaines stations recevant une part importante d'effluents industriels relèvent en complément de la réglementation des Installations Classées pour la Protection de l'Environnement (ICPE), notamment les rubriques 2750 (stations industrielles) et 2752 (stations mixtes).

L'arrêté du 21 juillet 2015 précise explicitement que les ouvrages du système d'assainissement (réseau, postes de relevage, bassins d'orage, station de traitement) doivent être conçus, implantés et exploités « de façon à minimiser l'émission d'odeurs » et les autres nuisances pour le voisinage. Le maître d'ouvrage (collectivité ou exploitant) doit tenir à jour un registre des incidents et pannes, ainsi qu'un calendrier d'entretien préventif des ouvrages.

Principales obligations relatives aux odeurs

  • Conception et implantation des ouvrages de façon à minimiser l'émission d'odeurs pour le voisinage
  • Entretien régulier du réseau (curage) pour limiter les dépôts et la stagnation
  • Ventilation et, le cas échéant, désodorisation des postes de relevage et des ouvrages de prétraitement
  • Surveillance et maintenance des équipements électromécaniques (pompes, systèmes d'aération) pour éviter les pannes prolongées
  • Gestion maîtrisée des bassins d'orage et des déversoirs, conçus pour préserver les riverains des nuisances olfactives
  • Tenue d'un registre des incidents et d'un calendrier d'entretien préventif

À retenir

La réglementation impose des obligations précises pour limiter les nuisances olfactives des réseaux, postes de relevage et stations d'épuration. Un signalement documenté (date, heure, conditions météo, intensité, description de l'odeur) aide les services compétents (collectivité, exploitant, agence de l'eau) à identifier l'ouvrage en cause et les éventuels dysfonctionnements sur le réseau afin de vérifier que ces obligations sont respectées.

Sources : Légifrance – Arrêté du 21 juillet 2015 • AIDA / INERIS – rubriques ICPE 2750 et 2752 • Portail national de l'assainissement collectif – réglementation

En résumé : comment réagir face à une odeur ?

Percevoir une odeur près d'un réseau, d'un poste de relevage ou d'une station d'épuration n'est pas anormal en soi : certaines émissions ponctuelles (curage, maintenance, épisode de forte chaleur) sont attendues et généralement brèves. En revanche, une odeur intense, récurrente ou inhabituelle peut révéler un dysfonctionnement qu'il est utile de signaler.

Situations plutôt normales

  • Odeur brève lors d'une opération de curage ou de maintenance
  • Odeur plus marquée au niveau d'un poste de relevage lors d'un épisode de forte chaleur ou de faible débit nocturne
  • Odeur ponctuelle après un épisode pluvieux important, au niveau d'un bassin d'orage

Situations à signaler

  • Odeur forte, persistante sur plusieurs heures ou jours, notamment au niveau d'un poste de relevage ou d'un regard
  • Odeur nouvelle, inhabituelle ou très différente de ce qui est généralement observé
  • Odeur associée à une gêne répétée, notamment la nuit ou tôt le matin

Chaque signalement, même pour une gêne qui semble modeste, contribue à identifier précisément l'ouvrage à l'origine de la nuisance (réseau, poste de relevage ou station) et à orienter, si nécessaire, les actions correctives de l'exploitant ou les contrôles des services compétents. La précision du signalement (localisation, date, heure, durée, intensité, conditions météo) est déterminante pour permettre une intervention efficace.

À retenir

Signaler une odeur n'est ni excessif ni inutile : c'est un outil de vigilance environnementale partagée. Plus les signalements sont précis (localisation exacte, date, heure, durée, intensité, météo), plus ils sont utiles pour identifier l'ouvrage concerné et améliorer la situation.

Un point sur la santé

Le H₂S peut être dangereux à très forte concentration (usage industriel, espaces confinés), mais les nuisances de voisinage surviennent généralement à des niveaux très inférieurs aux seuils toxiques. En cas de gêne respiratoire ou d'inquiétude sanitaire, l'ARS reste l'interlocuteur compétent.

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Un modèle de courrier vers l'administration

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