
Réseau d'assainissement, postes de relevage et station de traitement : d'où viennent ces odeurs, et pourquoi votre signalement compte
L'assainissement collectif (réseau de collecte, postes de relevage, station d'épuration) est indispensable à la protection de la santé publique et des milieux aquatiques. Il peut néanmoins être à l'origine d'odeurs perçues par les riverains. Cette page a pour but d'expliquer, de façon claire et fondée sur les connaissances techniques et réglementaires disponibles, d'où viennent ces odeurs, comment les reconnaître, et comment agir si vous êtes gêné.
Le « système d'assainissement » d'une collectivité repose sur deux grands ensembles : le système de collecte (le réseau et ses ouvrages annexes) et la station de traitement des eaux usées (STEU), plus couramment appelée station d'épuration ou STEP.
Les eaux usées circulent le plus souvent par gravité dans des canalisations enterrées. On distingue deux grands types de réseaux :
Schema : Syndicat Intercommunal d'Assainissement du Bassin de Sallanches
Lorsque le relief ne permet pas un écoulement gravitaire jusqu'à la station, un poste de relevage (ou poste de refoulement) est nécessaire. Il s'agit d'un ouvrage enterré dans laquelle les eaux usées s'accumulent avant d'être pompées vers un point plus haut du réseau. Ce sont des ouvrages généralement compacts, souvent implantés en milieu urbain ou en point bas, parfois à proximité immédiate d'habitations. Il sont souvent équipés de regards (pour permettre la maintenance) et d'ouvrants pour permettre la ventilation.
Une station d'épuration traite les eaux usées collectées avant de les rejeter dans le milieu naturel. Le traitement s'organise généralement en plusieurs étapes :
À retenir
En fonctionnement normal, un réseau, un poste de relevage ou une station bien conçus, bien exploités et bien entretenus ne doivent pas générer de nuisances olfactives significatives pour le voisinage. Une odeur perceptible et récurrente peut signaler un dysfonctionnement ou un ouvrage à entretenir.
Le réseau et les postes de relevage d'un côté, la station de traitement de l'autre, ne présentent pas les mêmes risques de nuisances olfactives, notamment parce que les eaux usées y séjournent dans des conditions différentes.
| Critère | Réseau / poste de relevage | Station d'épuration |
|---|---|---|
| Nature du risque | Stagnation et septicité des eaux usées dans les points bas et les bâches | Émissions ponctuelles liées aux différentes étapes de traitement |
| Confinement | Ouvrages souvent enterrés, peu ou pas ventilés/désodorisés | Ouvrages de prétraitement et de traitement des boues plus souvent couverts et désodorisés sur les installations récentes. Les stations anciennes peuvent toujours avoir des ouvrages ouverts. |
| Proximité du public | Souvent en zone urbaine dense, parfois à quelques mètres des habitations | Généralement plus éloignée, avec un périmètre dédié |
| Facteur aggravant principal | Temps de séjour prolongé (temps sec, faible débit nocturne). Type de produits présents dans le réseau (exemple graisses de restaurant). | Surcharge hydraulique ou organique, panne d'un équipement de traitement |
Sources : ASTEE – Association scientifique et technique pour l'eau et l'environnement • Portail national de l'assainissement collectif • INERIS / AIDA – réglementation ICPE et IOTA • Agences de l'eau
Même un système d'assainissement bien géré peut, à certains moments, être à l'origine d'odeurs perceptibles. La plupart de ces situations sont ponctuelles et identifiables. Le tableau ci-dessous recense les principales sources d'odeurs observées.
| Source d'odeur | Description | Pourquoi cela sent ? | Fréquence | Moment typique |
|---|---|---|---|---|
| Bâche de poste de relevage | Fosse enterrée où s'accumulent les eaux usées avant pompage | Temps de séjour prolongé favorisant la fermentation anaérobie. Accumulation de matière organique ou bouchons graisseux en fonction des produits arrivant dans le réseau. Le remplissage du poste peut également chasser l'air par les évents et grilles de ventilation. | Fréquente en cas de faible débit. Emissions ponctuelles en fonction des opérations de relevage / pompage / accumulation et transfert | Nuit et tôt le matin, temps sec |
| Regard ou tampon de visite mal étanche | Point d'accès au réseau au niveau de la voirie | Défaut d'étanchéité laissant échapper l'air vicié du réseau | Occasionnelle | Variable, en fonction des variations de température et de pression atmosphérique |
| Dégrillage et prétraitement | Retrait des déchets solides en entrée de station | Matières grossières et organiques exposées à l'air libre | Fréquente, mais localisée | Heures ouvrées ou en continue autour des zones de stockage des refus de dégrillage |
| Dessablage-déshuilage | Séparation des sables et des graisses des eaux usées | Graisses et matières organiques en surface, parfois en fermentation | Fréquente, mais localisée | Variable |
| Bassin biologique en surcharge ou sous-aéré | Traitement biologique recevant plus de charge que sa capacité, ou aération insuffisante | Conditions anaérobies locales générant des composés soufrés | Occasionnelle | Peut durer plusieurs jours |
| Aération du bassin biologique | Le bassin biologique est souvent aéré, mélangé à l'aide de pompes immergées | Mise en suspension, mise en mouvement et brassage des boues | Régulier | Plusieurs minutes à plusieurs heures par jour en fonction du procédé |
| Épaississement et déshydratation des boues | Concentration des boues avant valorisation ou élimination | Matière organique concentrée, riche en composés azotés et soufrés | Fréquente, mais localisée | Heures ouvrées |
| Stockage des boues (silo, aire de stockage) | Boues traitées en attente d'évacuation | Fermentation résiduelle en stockage prolongé | Occasionnelle à fréquente selon exploitation | Variable |
| Poste de relevage en panne ou en mode dégradé | Défaut électrique ou de pompe empêchant l'évacuation normale des eaux usées | Temps de séjour très allongé, fermentation anaérobique accentuée | Rare, mais marquée | Imprévisible, jusqu'à réparation |
| Curage ou entretien du réseau | Intervention technique de nettoyage des canalisations | Remise en suspension de dépôts accumulés au fond des canalisations | Ponctuelle, programmée | Journée, durée limitée |
| Bassin d'orage ou déversoir par temps de pluie | Ouvrage stockant ou délestant un excès d'eaux usées lors de fortes pluies | Eaux usées diluées mais parfois stagnantes après l'épisode pluvieux | Occasionnelle, liée à la météo | Pendant et après un épisode pluvieux |
| Désodorisation en panne ou mal réglée | Système de traitement de l'air (biofiltre, tour de lavage) inopérant | L'air vicié n'est plus neutralisé avant rejet. Ces odeurs peuvent se disperser en fonction de la puissance de la ventilation | Occasionnelle si entretien insuffisant | Progressif, s'aggrave dans le temps |
| Vidange ou maintenance d'un ouvrage | Intervention nécessitant l'ouverture d'une bâche ou d'un bassin | Relargage ponctuel et concentré de gaz accumulés | Rare, programmée | Journée, durée limitée |
Différents types de facteurs influencent fortement l'intensité des odeurs perçues, sans qu'il s'agisse pour autant d'un dysfonctionnement :
Le saviez-vous ?
Un poste de relevage peut sembler « sans odeur » pendant plusieurs mois, puis devenir ponctuellement gênant lors d'une période de canicule ou de faibles débits nocturnes : l'eau usée séjourne alors plus longtemps dans la bâche, avec des teneurs plus concentrées en matière organique, ce qui favorise sa fermentation. Ce phénomène n'est pas systématiquement le signe d'une panne, mais mérite d'être signalé s'il se répète.
Sources : ASTEE – gestion des odeurs en assainissement • INERIS – qualité de l'air et nuisances olfactives • Portail national de l'assainissement collectif
Les odeurs liées à l'assainissement ne se résument pas à une seule signature olfactive. Selon l'ouvrage concerné, plusieurs types d'odeurs peuvent être perçus, associés à des composés chimiques différents.
| Odeur perçue | Descripteur | Composé associé | Source possible | Moment |
|---|---|---|---|---|
| Œuf pourri | Soufrée, piquante | Hydrogène sulfuré (H2S) | Poste de relevage, réseau en septicité, bassin sous-aéré | Temps sec, nuit, faible débit |
| Mercaptans | Œufs pourris, égouts, poireaux | Présence de soufre dans les composés | Tout type de produits d'assainissement | Variable |
| Ammoniaque | Piquante, irritante | Ammoniac (NH3) | Boues, traitement biologique, stockage de boues, urine | Épaississement, stockage prolongé |
| Égout / renfermé | Fade, stagnante | Mélange de composés soufrés et de COV | Regard ou tampon mal étanche, canalisation mal ventilée | Variable, souvent continue |
| Moisi / terreux | Terreuse, végétale | Géosmine et composés apparentés | Boues en stockage, lits de séchage | Stockage prolongé |
| Vinaigre / acide | Piquante, aigre | Acides gras volatils (AGV) | Réseau ou bâche décomposition anaérobique | Variable |
| Poisson / amine | Piquante, animale | Composés aminés | Boues digérées, traitement biologique en déséquilibre | Occasionnel |
| Grasse / rance | Grasse, écœurante | Acides gras à chaîne longue | Dessablage-déshuilage, poste recevant des graisses de restauration | Heures ouvrées |
| Chimique / javel (rare) | Chimique, piquante | Composés chlorés | Désinfection ou traitement chimique de désodorisation | Rare, ponctuel |
Sources : ASTEE – caractérisation des odeurs en assainissement • INERIS – qualité de l'air • Agences de l'eau
La grande majorité des réseaux et stations traitant des eaux usées domestiques relèvent de la police de l'eau (régime IOTA – Installations, Ouvrages, Travaux et Activités), au titre de la rubrique 2.1.1.0 de la nomenclature « eau » du code de l'environnement, et sont encadrés par l'arrêté du 21 juillet 2015 relatif aux systèmes d'assainissement collectif. Certaines stations recevant une part importante d'effluents industriels relèvent en complément de la réglementation des Installations Classées pour la Protection de l'Environnement (ICPE), notamment les rubriques 2750 (stations industrielles) et 2752 (stations mixtes).
L'arrêté du 21 juillet 2015 précise explicitement que les ouvrages du système d'assainissement (réseau, postes de relevage, bassins d'orage, station de traitement) doivent être conçus, implantés et exploités « de façon à minimiser l'émission d'odeurs » et les autres nuisances pour le voisinage. Le maître d'ouvrage (collectivité ou exploitant) doit tenir à jour un registre des incidents et pannes, ainsi qu'un calendrier d'entretien préventif des ouvrages.
À retenir
La réglementation impose des obligations précises pour limiter les nuisances olfactives des réseaux, postes de relevage et stations d'épuration. Un signalement documenté (date, heure, conditions météo, intensité, description de l'odeur) aide les services compétents (collectivité, exploitant, agence de l'eau) à identifier l'ouvrage en cause et les éventuels dysfonctionnements sur le réseau afin de vérifier que ces obligations sont respectées.
Sources : Légifrance – Arrêté du 21 juillet 2015 • AIDA / INERIS – rubriques ICPE 2750 et 2752 • Portail national de l'assainissement collectif – réglementation
Percevoir une odeur près d'un réseau, d'un poste de relevage ou d'une station d'épuration n'est pas anormal en soi : certaines émissions ponctuelles (curage, maintenance, épisode de forte chaleur) sont attendues et généralement brèves. En revanche, une odeur intense, récurrente ou inhabituelle peut révéler un dysfonctionnement qu'il est utile de signaler.
Chaque signalement, même pour une gêne qui semble modeste, contribue à identifier précisément l'ouvrage à l'origine de la nuisance (réseau, poste de relevage ou station) et à orienter, si nécessaire, les actions correctives de l'exploitant ou les contrôles des services compétents. La précision du signalement (localisation, date, heure, durée, intensité, conditions météo) est déterminante pour permettre une intervention efficace.
À retenir
Signaler une odeur n'est ni excessif ni inutile : c'est un outil de vigilance environnementale partagée. Plus les signalements sont précis (localisation exacte, date, heure, durée, intensité, météo), plus ils sont utiles pour identifier l'ouvrage concerné et améliorer la situation.
Le H₂S peut être dangereux à très forte concentration (usage industriel, espaces confinés), mais les nuisances de voisinage surviennent généralement à des niveaux très inférieurs aux seuils toxiques. En cas de gêne respiratoire ou d'inquiétude sanitaire, l'ARS reste l'interlocuteur compétent.
Contacter les autorités compétentes →En tant que membre inscrit, accédez à un formulaire de signalement à l'administration avec modèle de courrier pré-rempli à partir de votre historique de signalements.
Accéder au modèle de courrierUne odeur provenant d'une station d'épuration ou du réseau d'assainissement vous incommode ?
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